Grossesse :: France vs Allemagne

L’accouchement en Allemagne vs France – Partie 2

En Allemagne en 2012 – A la Städtische Krankenhaus (hôpital public) de Kiel (SH)

Cette fois-ci mes attentes sont différentes (voir épisode 1, mon accouchement en France).
Je sais que c’est mon dernier accouchement et je souhaite profiter un maximum des possibilités offertes en Allemagne dans la limite de mes envies : être mobile un maximum de temps, prendre un bain, accoucher dans la position qui me semblera la plus appropriée le moment venue (surtout pas les pieds dans les étriers), rentrer chez moi rapidement (l’hôpital c’est pas mon truc, en langue allemande c’est pire).

Comme je souhaite avoir la possibilité d’une péridurale (même si je souhaite l’éviter si je le peux), j’opte pour l’hôpital public (mais ça aurait pu être l’universitaire, le premier est simplement plus près de chez nous, à 800m) et non pour la maison de naissance.

Lors de mon suivi de grossesse j’ai eu de longs entretiens avec ma sage femme francophone sur ce qu’on pouvait, ou pas, faire ici, et j’étais ravie d’entendre que tout ce qui faisait partie pour moi du « pack standard » était naturellement fait  : peau à peau, couper le cordon tardivement, choisir la position pour l’expulsion, prendre un bain sur place…
Mais qu’en plus on pouvait boire et manger pendant le travail, même avec la péridurale et qu’il était possible et facile de rentrer chez soi 4 heures après la naissance s’il n’y avait pas de complication.

Je croyais rêver (et ça a continué lorsque quelques jours après l’accouchement ma Hebamme m’a dit que j’avais évidemment le droit de prendre des bains et que même ça pourrait aider la cicatrisation de mes points si je mettais du sel de mer dans la baignoire).

Rebelote, me voilà programmée (avec mon consentement, mon col dilaté à 4cm n’a pas bougé depuis dix jours et je veux éviter une césarienne en attendant trop) pour un déclenchement, on m’attend à l’hôpital à 9h du matin.
Je trouve cela très frustrant car je sais que je ne vais probablement pas échapper à la péridurale, et je ne veux pas me retrouver immédiatement avec une perfusion au bras et clouée au lit rapidement, moi qui rêvais de commencer le travail à la maison avec Mr Mari à mes côtés en déambulant dans notre vaste appartement.
D’un autre côté cela simplifie les choses pour la garde de l’ainé, tout est sous contrôle et cela me soulage.

Comme pour l’ainé, le travail commencera finalement tout seul sans aide médical. Il est 7h00 du matin et les premières contractions, espacées de 10 minutes, se font sentir.
Nous nous rendons à l’hôpital pour 9h comme prévu et la gynécologue nous indique que la prise de médicament pour le déclenchement n’est plus nécessaire.

Après un monito et 3 heures de déambulation dans les couloirs, de découverte de la super salle d’accouchement, de ballon, d’écoute de musique, de thé, de biscuits et de fruits secs, je demande (oui, c’est moi qui le réclame un touché vaginal) à la sage femme si mon col a évolué.
Comme rien n’a changé, nous nous mettons d’accord pour que j’aille prendre un bain (tout cela dans un allemand très approximatif, mais suffisant).

Salle de naissance – En fait le matériel « médical » n’est pas autant mis en évidence, c’est surtout ce lit 2 places au fond de la pièce, la chaine hifi et les bouteilles d’eau qui tapent à l’oeil – Avec la péridurale c’est sur ce lit au premier plan que je serai installée

Vers 13h, changement d’équipe et la nouvelle sage femme qui se présente à ma baignoire ne nous quittera plus jusqu’à la naissance : mes contractions deviennent soudainement très violentes et très rapprochées. Et dans les reins. Toutes les 2 minutes.
Margarete nous aide avec sa douceur, montre à l’Homme comment me masser le bas du dos avec une super huile chauffante et au bout d’une heure d’une douleur que je commence à avoir du mal à contenir je lui demande de regarder mon col, qui n’a pas bougé. Je commence à sérieusement penser à la péridurale et tout en douceur elle m’en parle aussi.

J’ai eu ce que je voulais, j’ai été mobile, j’ai eu mon bain, j’ai tenté de gérer ces chiennes de contractions dans les reins pendant plus d’une heure, j’accepte d’être clouée au lit (qui ne ressemble pas à un lit d’accouchement, juste un lit d’hôpital).
Et je suis surprise qu’elle soit encore là Margarete, à ma droite à regarder le monito, gérer le débit de la perf d’ocytocine dire des mots gentils et l’Homme à ma gauche à qui j’écrase la main toutes les deux minutes parce que malgré la péridurale je douille bien.
Et là encore c’est à ma demande que la dilatation de mon col est examinée.

Lorsque le moment de l’expulsion arrive, je suis en position semi-assise, la sage femme et l’infirmière sont positionnées de manière à ce que leurs corps maintiennent mes jambes pliées. D’une certaine manière cette position est la plus proche d’une position accroupie qu’on peut espérer quand on a pas l’usage de ses jambes.
En 6 minutes c’est terminé, le Cadet est né il est 18h06.

Les étriers sont fixés au lit pour les quelques points de sutures nécessaires.
Peau à peau exclusif pendant 2 heures. Ca n’est que vers 20h que nous connaîtrons son poids et sa taille.
Il est tard pour rentrer chez nous, nous décidons de passer la nuit à l’hôpital tous les 3 dans la même chambre et rentrons le lendemain matin après l’accord du pédiatre et du gynécologue.

La sage femme francophone qui s’était chargée de ma grossesse va venir quasi quotidiennement pendant 10 jours pour vérifier que tout se passe bien pour moi et pour le Cadet, puis à la demande jusqu’à 16 fois en 10 semaines.
Cette fois-ci l’allaitement est plus difficile entre engorgements, inflammations et candidoses, sa présence et son support sont d’autant plus appréciés qu’elle met à jour chaque année ses connaissances lors de séminaires et formations.

Mon impression sur les deux pays

Parlons finance

En France, l’accouchement d’un second enfant suivant la grille des tarifs forfaitaires de 2012 coûte pratiquement 3000 € :

  • 2070€ accouchement par voie basse pour une multipare (code 14Z14A)
  • 902€ pour les soins du bébé (code 15M05A)

En Allemagne, mon accouchement et le suivi de couche ont précisément coûté 2000 € :

  • 1070€ pour l’hôpital
  • 510€ pour la sage femme (Hebamme) qui m’a accouchée
  • 420€ pour  la douzaine de visites de la Hebamme à domicile pour le suivi de couche

Fonctionnement et mentalité

Je ne sais pas si c’est plus la faute aux restrictions de budget (équipe en sous effectif) ou au fait qu’on considère l’accouchement comme une maladie où le patient doit s’en remettre à ses médecins (qui sont des personnes très importantes et très respectables), mais avec le recul la France n’accompagne pas les femmes dans leur accouchement mais les dirige.

Je parierai beaucoup sur les motivations de l’appel de la sage femme française à l’anesthésiste si tôt dans l’avancement de mon travail : ne pas déranger le médecin au milieu de la nuit et « bâillonner » une patiente afin d’avoir du temps pour s’occuper des autres.

Dans la ville où j’ai accouché en Allemagne il est logique que la femme soit actrice de son accouchement, qu’elle l’orchestre.

L’hôpital public et le CHU de ma ville sont concurrents et cherchent à attirer les futures mères par la beauté de leurs salles d’accouchement ou les gateaux proposées lors des visites.

La sage femme libérale qui s’est occupée de moi à la maison travaille aussi certains jours (ou certaines nuits) à l’hôpital, elle est a un planning « de garde » mais aussi un planning d’astreinte : au cas où il n’y ait pas assez de sages femmes présentes à l’hôpital pour toutes les accouchantes elle vient en renfort et aucune parturiente n’est laissées seule.

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16 thoughts on “L’accouchement en Allemagne vs France – Partie 2”

  1. Accouchement en Allemagne aussi et j’ai été seule (enfin sans SF) la plupart du temps la nuit. La SF venait toutes les heures voir le monito et j’étais bloquée sur le siège avec des contractions toutes les 2 minutes (au début). Bon après il y a eu bain puis péridurale, mais elle venait toujours au mieux toutes les heures….
    J’ai accouché un week end où il y a eu beaucoup d’accouchement.
    Pour ma part, jamais entendu parlé de SF de garde.
    Enfin tout ça pour dire que on peut aussi être seule en Allemagne.

    1. …pareil, accouchement en hôpital universitaire en Allemagne (Mainz), pas du tout traitée correctement, solitude, zéro suivi, sentiment de passer après toutes les autres, technicité sans humanité, retardement des contractions (pendant la nuit personne veut bosser le week-end?,,), puis provocation des contractions quand au matin y en a plus (…???), pas de vérification de la dilatation (oui il faut les demander visiblement) expulsion quasi seule… Bref, je cherche pour le second, j’hésite, je voudrais aller en France (Strasbourg), mais j’ai peur d’être aussi déçue. Les hôpitaux sont des machines à accoucher, la médecine perd son âme dans ces cas. J’espère que ca existe encore des hôpitaux humains…

  2. Coût de mon accouchement en Allemagne :
    2500€ pour accouchement avec péridurale (+ curetage)
    + 840€ pour soin bébé
    + 216€ pour la chambre seule
    + Visites de la SF à domicile (ça doit être dans les 400€ comme Carpediem)
    + 816€ pour le déclenchement médical et la consultation médicale du jour qui a poussé au déclenchement !

    A noter que la visite chez ma gynéco coutaient environ 250€. Pour les même actes et moins de temps, c’est 400€ à la maternité.

    Le tout en private versichert (donc pas forcément les tarifs régulés).

    1. Tu as accouché dans une clinique privée ou un hôpital public ?

      Nos deux expériences démontrent en tout cas que ça n’est pas parce qu’on paie plus qu’on est mieux traité !

  3. bonjour, je suis enceinte de 2 mois et j’habite en Allemagne. Lorsque je lis vos commentaires sur le coût d’un accouchement, je m’interroge : ceci n’est pas pris en charge par la mutuelle allemande?
    Merci pour ce récit, cela m’aide beaucoup à déstresser pour le jour J 😉

    1. Bonsoir,
      j’habite en Allemagne et j’ai accouché 3 fois (2 fois en clinique et une fois hopital). Mon assurance est AOK et on ne débourse pas un centime pour accoucher!!! Certaines prestations de sage-femme sont à payer de sa poche. Et tous les soins, visites ou médicaments pour les enfants sont pris en charge à quelques exceptions près.

  4. La différence est dans la vision de la société. En Allemagne, par exemple, les krankekassen ne prennent partiquement pas en charge tout ce qui est dépistage et elles privilégient le traitement social (congé parental etc…). En France, comme au Royaume Uni, c’est un peu l’inverse. Pour caricaturer, en Allemagne on va préférer payer des indemnités pour que vous puissiez élever votre enfant trisomique, mais vous faire payer les test de dépistage En France, on va vous dépister, puis vous remettre au travail assez vite. Par ailleurs, votre expérience est biaisée, ce n’est pas pareil d’accoucher de son troisième enfant ou de son premier (sur tous les plans, vitesse de l’accouchement, douleur, charge émotionnelle,…). La structure de la société se reflète partout. En Allemagne, la place de la femme est encore à revoir (les femmes sont souvent plus éduquées que leur mari, mais restent au foyer, KKK). En France, c’est la place de l’homme qui reste à revoir (machisme entre autres).

  5. Bonjour,
    Je suis française, je vis à Kiel et je suis enceinte de mon deuxième bébé (le premier est né en France). Je parle à peu près 4 mots d’allemand… 😉 Par conséquent, je serais très intéressée par les coordonnées de la sage femme francophone qui vous a suivi.
    Merci beaucoup d’avance pour votre réponse.
    Frédérique

      1. Super. Mille merci pour votre réponse super rapide. Et mille merci également pour ces articles tous plus interessants les uns que les autres. ça me rassure beaucoup de vous avoir lu.

      2. Ils commencent à dater, mais je pense que le cadre n’a pas trop changé non plus 🙂 Si tu veux discuter de Kiel on peut échanger par e-mail 😉

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